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![]() En juillet 1999 le conseil artistique
des musées classés et contrôlés s'est prononcé favorablement pour la reconnaisance du Musée des vallées cévenoles
au titre des établissements contrôlés par la D.M.F.
Avec l'aval et l'aide de cette institution, un vaste projet est en marche, dont le maître d'ouvrage
est la COMMUNAUTE D'AGGLOMERATION DU GRAND ALES EN CEVENNES, qui vise à faire de ce musée un site d'envergure régionale
en déménageant ses collections dans les locaux de la dernière filature de soie qui aie produit de la soie en France (jusqu'en 1965),
la FILATURE MAISON-ROUGE.
![]() Ci-dessus : la Filature Maison-Rouge
MAISON ROUGE :
UN LIEU MAJEUR DU PATRIMOINE CEVENOL LIÉ A LA SOIE. Bâtiment typique et singulier.
Cet ensemble industriel présente toutes les caractéristiques de la typologie dominante des filatures de grande capacité de l'arrondissement d'Alès : Alès, St-Ambroix, Anduze, Lasalle, St-Jean-du-Gard et la vallée Borgne…, typologie aussi représentée dans l'arrondissement du Vigan. Maison Rouge est très remarquable dans le corpus des filatures. En effet, elle en est parfaitement représentative, tout en étant exceptionnelle par les soins architecturaux et ornementaux qui y ont été apportés. On remarquera l'escalier monumental en fer à cheval présentant une double volée de 48 marches avec des balustres de terre cuite qui alternent avec des pierres monolithiques taillées dans du grès. Les passages aménagés sous l'escalier sont appareillés en pierres taillées biaises. La filature proprement dite est un vaste édifice rectangulaire de 11,2m sur 46,4m, pour une hauteur de 12,2m, à deux niveaux éclairés par des baies cintrées. On en compte 10 par niveau sur les façades latérales et 2 au niveau supérieur sur chaque pignon. Les ouvertures du rez-de-chaussée sont encadrées de piliers qui se prolongent en pilastre, en légère saillie jusqu'au cintre des baies supérieures qui offrent une clef sculptée de masque ou de rocaille. Corniches et moulures accentuent l'horizontalité de la façade, harmonisée par les verticales des pilastres et les courbes des archivoltes. La toiture est à deux versants et croupes. La cheminée en arrière de la façade est, la dernière conservée à St-Jean-du-Gard. D'une hauteur de 25m son couronnement la date de la deuxième moitié XIXe siècle, comme le confirme les photographies de sa construction ou celles antérieures montrant encore une cheminée à section carrée. Dans le parc, à l'arrière de la filature, dominant la rivière, se trouve une éolienne et un salon de thé. De plan carré, reposant sur un socle de pierre et terminée par une pyramide tronquée, coiffée d'une balustrade très simple de fer forgé, l'éolienne avec ses 12 ouvertures inférieures fut construite à la fin du XIX e siècle pour actionner une pompe. Le salon de thé, petit édifice à deux niveaux de briques revêtu d'un placage de pierres, surmonté d'un toit plat orné d'une balustrade en pierre… dénote une recherche esthétique surprenante en milieu industriel. Il semble que ce pavillon, apparenté au style colonial, fut conçu, après 1850, pour la détente ou pour recevoir les hôtes dans un cadre exotique, évoquant l'Extrême-Orient et les origines de la soie. Maison Rouge a fait l'objet d' une mesure de protection au titre des Monuments Historiques, elle a été inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Maison Rouge est un lieu porteur de la mémoire soyeuse cévenole.
Cette filature construite entre 1836 et 1838 porte une bonne part de la mémoire soyeuse de St-Jean-du-Gard et
des Cévennes, mémoire riche s'il en est. Faut-il rappeler qu'en 1856, St-Jean-du-Gard rassemblant une population
de 4450 habitants, comptait 23 établissements travaillant la soie, employant 1090 femmes et 150 hommes ?
Dans la seconde moitié du XVIII e siècle, la sériciculture cévenole prend un essor sans précédent. Les propriétaires fonciers développent intensément la culture du mûrier et accroissent ainsi la rente des terres. Les négociants en soie s'enrichissent et investissent dans du foncier qu'ils convertissent en plantations de mûriers. C'est le cas de Jean François Molines, époux de Jeanne Beaux, sœur de l'avocat Beaux de Maguielle qui s'est illustré pendant la Révolution. Le dit Molines réalisa, dans le lit même du Gardon, rive gauche, une grande plantation de mûriers qu'il protégea des crues par la construction d'un "boulevard " ou baloard, mettant ainsi en danger les propriétés, aussi plantées de mûriers, de la rive droite. Un grand procès en 1786 et 1787 l'opposa durement aux propriétaires riverains de l'autre berge soucieux de préserver leur fonds. Le tirage de la soie à partir des cocons était alors exécuté artisanalement par les éducateurs de vers a soie ou dans de petits ateliers de 4 à 6 bassines chauffées par des fourneaux individuels, et ne travaillant que quelques semaines après la récolte. Ayant agrandi son fonds, Molines y construisit à la fin du XVIIIe siècle une filature de 26 bassines, très importante pour l'époque, équipée dès 1809 du fameux procédé Gensoul qui, très innovant, consistait à utiliser la vapeur pour chauffer l'eau des bassines et permettait de faire fonctionner des ateliers beaucoup plus importants. Aux foyers individuels on substituait une seule chaudière. Cette invention de 1807 constitue l'amorce de l'industrialisation de la filature. L'atelier de Molines, le premier en Cévennes à bénéficier du brevet Gensoul, fut nommé "la Grande Fabrique " ou "Maison Rouge " car il était de brique, matériau encore peu employé en Cévennes en ce début de XIX e siècle. Ce bâtiment apparaît sur le cadastre napoléonien de 1836, sur les plans et photos antérieurs aux années 1920, époque de sa destruction . En 1832, suite à la faillite (1828) de Jean François Molines dit "le fils " époux d'Elisabeth Parlier appartenant à une autre grande famille de négociants du Pompidou, les biens sont vendus à Jean Liotard qui les rétrocède dès 1834 à Jean Henri Léon Molines, fils du précédant et époux de Adèle Parlier sa cousine germaine. Ce dernier construit en 1836/1838 la filature connue sous le nom de "Grande Rouge " à 106 bassines, et installe la machine à vapeur au rez-de-chaussée de la " Grande Fabrique " désaffectée de sa fonction de filature et dont les 3 étages supérieurs servent de coconnière. Il voit grand et beau, ne lésinant pas sur la qualité voire même le luxe pour un atelier. Après la faillite de son père, veut-il donner l'illusion de fortune et épater la galerie ? Très endetté, Molines doit se séparer de la filature dès 1839 au profit de Louis Soubeyrand. Ce dernier remplace les chaudières en 1857, faisant sans doute construire à ce moment-là une première cheminée de section carrée. Avant 1867 il construit le pavillon du Gardien à l'entrée de la propriété, ainsi qu'une partie des constructions sur la terrasse dominant le monumental escalier en fer à cheval, constructions qui serviront postérieurement de chambre chaude et de logement pour les ouvrières. Enfin c'est encore certainement lui qui aménage le parc avec son "salon de thé " que les actes qualifient de gothique mais qui conserve un caractère oriental. Avec les filatures Boudon (garage Citroën), Molines-Nogaret (ancien cinéma)…, c'est l'ensemble du quartier qui fut industrialisé. En conséquence, le 28 janvier 1858, le conseil municipal décidait de remplacer le nom de "rue Basse de Rose " par "rue de l'Industrie ", et décidait que le passage qui sert de cour entre la rue du Jardin de la Cure (aujourd'hui Olivier de Serre) et celle Basse de Rose, prendrait le nom de "passage de l'Industrie ". En 1880, dans le cadre de la succession Soubeyrand, c'est la société lyonnaise "Camel Frères et Cie ", (Barthélémy et Antonin), qui acquiert la filature et l'agrandit en 1881 de la partie couverte de sheds pour y installer un atelier de tissage de soie. Ce mode architectural est alors très novateur. En effet, créé en 1835, il ne se développe en France, depuis le Nord vers le Midi, que seulement dans les deux dernières décennies du siècle. La société Camel construit en outre contre le pavillon du gardien un autre bâtiment à usage de bureau en rez-de-chaussée, d'appartement pour le directeur au premier étage et de coconnière aux étages supérieurs. De 1900 à 1918 Maison Rouge est propriété de la société lyonnaise Tresca. Grâce aux services de l'entreprise Autajon d'Alès (qui a construit le pond des Abarines), la société Tresca édifie (ou rénove), sur la propriété, une autre filature dite "Petite Rouge ", spécialisée dans la production d'un fil de 1° choix, qui sera inaugurée en 1900. Il est vraisemblable qu'à cette époque, la première cheminée de section carrée ait été remplacée par celle qui est encore en place, de section circulaire. En 1918, le soyeux lyonnais Henri Barthélémy Bertrand, déjà propriétaire de filatures dans le Midi, se porte acquéreur de Maison Rouge. La filature emploie à cette époque de nombreuses fileuses logées soumises à un règlement draconien. Ce personnel, majoritairement immigré d'Italie ou d'Espagne, complété par des jeunes filles de Lozère, est présent dans presque toutes les filatures à partir de 1906 / 1907. Dans les années 1920, la filature passe sous le contrôle de la Cie Générale des Soies de France et d'Indochine de Lyon (qui deviendra la Compagnie Générale des Soies de France et d'Importation), laquelle refait la toiture de la Grande Rouge. La charpente bois, dégradée par la vapeur est alors remplacée par une charpente métallique et les tuiles romanes par des tuiles mécaniques. En 1956, les derniers filateurs du Midi se regroupent en une société "La Filature Française de Soie des Cévennes " et équipent en 1957 Maison Rouge de matériel japonais automatique. La filature est inondée en 1958 et son PDG, Monsieur Edmond Dussert trouve la mort le 30 septembre, noyé sur la route, en aval du pont de Ners quand celui-ci rompit sous la poussée des eaux. Il venait effectuer la paye des ouvrières et avait refusé d'obtempérer aux conseils de la gendarmerie, voulant à tout prix se rendre à St-Jean pour assurer la sécurité de ses employés. En janvier 1965, Maison Rouge fermait ses portes et avec elle disparaissait la dernière filature française de soie. LE PROJET DE TRANSFERT DU
MUSEE DES VALLEES CEVENOLES. La situation de Maison Rouge :
· elle est très proche du centre ville, à quelques dizaines de mètres, à vol d'oiseau, du site actuel du musée, · elle reste tout de même à l'écart, dans un environnement agréable avec son parc à proximité du Gardon qu'il domine, · elle jouxte des terrains non constructibles et disponibles pour l'accueil des automobiles et des cars. Elle semble donc bien convenir a l'implantation d'un espace culturel. Par ailleurs le contexte patrimonial exceptionnel de Maison Rouge, en parfaite cohérence avec les collections et les thématiques abordées par le musée, constitue un cadre idéal, notamment pour l'évocation du thème identitaire majeur qu'est la soie. En effet un ensemble ancien de matériel de filature trouvera à maison rouge l'espace adéquat pour être remonté et fonctionner. Le projet du site de Maison Rouge : Ce projet de transfert du Musée des vallées cévenoles à Maison rouge revêt réellement un triple intérêt : · Il sauve et redonne tout sons sens à un ensemble architectural majeur dans le cadre du patrimoine industriel soyeux des Cévennes, il en conserve la mémoire, tout en le réaffectant à une nouvelle vocation à caractère culturel. · Il permet aux collections du Musée des vallées cévenoles de trouver un cadre mieux adapté à leur importance et très cohérent par rapport à leur esprit. Le musée en tant que structure à caractère de service public pourra davantage et mieux s'exprimer, mieux assumer aussi ses missions de conservation, de recherche, de mise en valeur, d'animation, d'accueil du public… · L'association d'un musée et d'un lieu d'une telle qualité architecturale, porteur d'une si riche mémoire garantie ou du moins favorise largement la réussite d'un produit de type " site ", où se croisent des choix et des intérêts tant touristiques que culturels. ![]() Ci-dessus : l'éolienne de Maison-Rouge
En résumé, Maison Rouge s'inscrit administrativement dans le contexte de la communauté d'agglomération du Grand-Alès,
mais dans un champ territorial bien plus vaste correspondant aux vallées cévenoles et au-delà, à l'ensemble du pays cévenol.
Maison Rouge, musée de société porteur d'identités, s'ouvre sur le " temps cévenol ", c'est à dire le vécu des femmes et des hommes de ce pays, vécu inscrit dans une histoire singulière et ses prolongements présents. Ce musée participe dans le cadre d'un réseau de partenaires à mettre en valeur la richesse du patrimoine naturel et culturel des Cévennes. Maison Rouge s'adressera aux: · Cévenols vivant au pays, qu'ils le soient d'origine ou venus de l'extérieur ayant choisis d'y vivre, · Cévenols de la diaspora et personnes qui séjournent régulièrement en Cévennes comme ceux ayant acquis une résidence secondaire, · Villégiateurs ou gens de passage accueillis dans le cadre du tourisme, · Jeunes, scolaires et étudiants du pays comme de l'extérieur. Maison rouge sera un lieu de : · Mémoire et de conservation du patrimoine cévenol, · Recherche scientifique, · Restitution de la mémoire, · D'interprétation, · D'éducation, · D'animation culturelle. ![]() Ci-dessus : le "salon de thé" de Maison-Rouge
La restitution c'est le retour de l'acquis des savoirs en direction des populations d'où ils sont issus ; l'interprétation c'est la possibilité d'approcher et de comprendre une société, offerte à ceux qui lui sont étrangers. Maison Rouge offrira les clefs d'une meilleure connaissance du pays cévenol, invitant son visiteur quel qu'il soit à approfondir sa démarche sur le terrain. En lien constant avec les populations du territoire concerné, Maison Rouge en sera à la fois une porte d'entrée culturelle et un lieu structurant pour un tourisme et un développement durable. En cela ce projet est en totale cohérence avec les choix déclinés par son autorité de tutelle, la communauté d'agglomération du Grand-Alès, tels qu'ils sont définis dans son Etude de conception et de créativité d'une filière tourisme. |
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