UN PAYS
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Quand, le 30 septembre 1878, au cours de son Voyage avec un âne dans les Cévennes,
venant de Haute-Loire et franchissant la crête du Mont Lozère, Stevenson embrassa du
regard le paysage coupé qui s'ouvrait à ses pieds, en tête à tête avec cet espace qui
fut véritablement le théâtre de la " Guerre des camisards ", il écrivit : " Au sens
large j'étais dans les Cévennes au Monastier et durant tout mon voyage, mais il y a
un sens restreint et local dans lequel, seulement ce pays désordonné et broussailleux
à mes pieds a droit au nom, et c'est en ce sens que les paysans l'emploient.
Ce sont là les Cévennes des Cévennes ". Robert-Louis STEVENSON (1850-1894)
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" C'est un déferlement de hautes vagues figées dans le ciel et qui roulent
vers la mer dont la courbature lointaine emplit l'horizon. Chacune de ces vagues
est une montagne et chacun de ces trous d'ombre est une vallée. "
(André CHAMSON, Cévennes, 1957).
Bien que d'altitude moyenne, les Cévennes se présentent comme une succession de crêtes escarpées, séparées par des vallées encaissées aux pentes rapides. Le climat y est de type méditerranéen, caractérisé par de rares mais très violentes précipitations aux équinoxes et de fortes sécheresses estivales. |
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"La Cévenne ce n'est pas seulement un paysage si beau soit-il, ce n'est pas uniquement des
forêts, des rivières, cette solitude austère…Son originalité est au-delà : elle réside dans
son histoire et son peuple."
(Philippe JOUTARD).
Carte du " Théâtre de la Guerre des Cévennes " éditée à Amsterdam en 1703. |
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UNE HISTOIRE

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Au commencement étaient les drailles ! Marquées par le passage répété des animaux,
suivant les crêtes, ce sont elles qu'empruntent, montant et descendant, les troupeaux
ovins en transhumance. La tradition les fait remonter à l'époque préhistorique. On imagine
des hordes d'animaux sauvages, suivant leur instinct, quittant la plaine brûlée par le
soleil pour trouver leur subsistance sur les hautes terres et redescendre aux premiers
signes annonciateurs de l'hiver. Puis des hommes sont venus qui les ont chassés,
domestiqués et enfin conduits. Les dolmens, tombes à coffre, menhirs, tumuli,
cupules qui jalonnent les drailles témoignent de ces passages. Des bergers
devenus sédentaires se sont installés dans les vallées.
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Quatre peuples celtes se partagèrent les Cévennes avant que les Romains n'établissent
leur administration. A la chute de l'Empire les Francs annexèrent le Nord, tandis que
le sud était rattaché à la Septimanie Wisigothique.
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Le XVIe siècle fut marqué par un fort développement démographique, un renouveau
économique autour du châtaignier et une révolution religieuse, les Cévennes ayant
très majoritairement adopté le protestantisme. Après la Révocation de l'Édit de Nantes
en 1685, interdisant la religion réformée, les Cévennes furent le théâtre d'une
répression sanglante, d'une résistance tantôt armée au cours de la fameuse
guerre des camisards, tantôt dans la clandestinité, c'est l'époque du Désert
qui ne s'achèvera guère qu'à la Révolution.
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Médaille commémorative
du premier synode des Églises réformées de France (1559-1859) |


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Le XIXe siècle constitue d'abord un âge d'or autour de la soie et des activités
industrielles, puis un temps de crise
marqué par l'exode rural qui fera perdre au pays les 2/3 de sa population.
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Croix d'une sépulture sur le front, d'un soldat cévenol tombé en 1915. La dépouille mortelle ayant ultérieurement été rapatriée, la croix fut conservée par la famille (St-André-de-Valborgne). . |
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UN ESPACE AMENAGÉ
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Bancels ou faisses : " On connaît par quelle industrie les Cévenols savent convertir
en terrasses fertiles les flancs décharnés des montagnes et combler les ravins,
en retenant les terres par des murailles en pierre sèche ", D'Hombre Firmas - 1819.
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Le géographe Olivier POUJOL écrivait : " Dans les Cévennes, le paysage naît d'une lente
et incessante confrontation entre le site et l'homme, la nature ne s'y est élevée au rang
de paysage que par un travail patient, acharné et opiniâtre. L'harmonie dont les Cévennes
offrent l'ordonnance, loin d'être une expression spontanée de la nature, provient d'accords
longuement cherchés entre un milieu difficile et des générations d'agriculteurs ". Ainsi parle
t-on d'espace construit, de paysages humanisés ou culturels que les géographes, historiens
ou simples voyageurs ont considérés comme la caractéristique première des Cévennes traditionnelles et
qui se décline dans deux domaines : les terrasses et les aménagements hydrauliques.
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Panier ou terrairau pour le transport
de la terre ou du fumier, avec le sac ou cabusau protégeant les épaules. |
"Partout le terrain est morcelé, partout il est précieux, car il
a été fait de main d'homme, c'est à force de travail qu'on a élevé ces murs à pierre
sèche si remarquablement construits pour retenir la terre légère qu'une pluie eût entraînée…
C'est avec une ténacité sans exemple qu'on a défendu le champ contre les orages du ciel, qu'on
y a porté chaque année à dos d'homme l'engrais sans lequel il fut resté stérile… Ici c'est le
sol qui a été créé, mais après avoir apporté faix par faix, quelques fois même au sommet
d'une montagne la terre végétale, il a fallu la féconder, la planter et surtout la défendre
contre les pluies torrentielles qui menacent
toujours de l'emporter."
Destremx de Saint-Christol - 1867.
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LE TRANSPORT ET LES SOLS
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Ci-dessus : bigòt.
Ci-contre : Attelage de bœufs à Barre-des-Cévennes, photo Gautier, début du XX° siècle. |
![]() Ci-dessus : araire forcat. Ci-contre : palharga ou trousse à foin. |
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Paysan portant à l'épaule une corde
avec navette de serrage (nadilha) qui permet un serrage et desserrage rapide des fagots. |
Plaque de bride de
mulet en laiton gravé
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Ci contre : transport de l'eau dans le ferrat (ci-dessus) Carte postale du début du XX° siècle |
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LES CÉRÉALES ET LA VIGNE
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Pays à dominante acide les Cévennes ne sont pas céréalières. Le froment y
est presque inexistant, le peu de seigle qu'on récoltait était battu sur l'aire
proche du mas, transformé en farine dans la multitude de petits moulins hydrauliques
qu'actionnaient les torrents et
panifié dans le four que chaque exploitation possédait.
Ci-contre : La faux (dalha) et les faucilles (volam).
Ci-dessous : le tarare (lo ventaïre)
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Ci-dessus : le battage au fléau vers 1930. Ci-contre : la fourche de Sauve en bois de micocoulier. |
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Les Cévennes n'ont pas une réputation viticole, cependant chaque exploitant assurait
une production satisfaisant ses besoins propres. Les vignes cultivées en treille ou
en cavalhon, unique rangée de ceps plantés en bordure des terrasses, liés sur perches horizontales,
fournissaient un raisin qui n'arrivait pas toujours à sa pleine maturité. Dans le cadre de la lutte
contre le phylloxéra on introduisit, à la fin du XIXe siècle, des cépages américains comme porte-greffe.
Les Cévenols les cultivèrent en plans directs. Une variété, le clinton,
devint mythique, symbole de toutes les résistances.
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LE CHÂTAIGNIER
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Sans doute le châtaignier est-il un élément fondateur de
l'identité cévenole. Durant des générations, et ce jusqu'à une époque récente,
le châtaignier fut la première ressource alimentaire du pays.
Il n'était jour, pas même un seul, sans châtaigne dans l' écuelle du Cévenol. Quotidiennement et souvent plusieurs fois par jour, il en consommait, l'utilisant aussi pour engraisser ses porcs. Sa feuille fut fourrage pour chèvres et moutons. Son bois rivalisa avec le schiste la primauté parmi les matériaux de base de l'habitat. Du meuble au plancher, de la menuiserie à la charpente, de la ruche à la conduite d'eau, du panier servant à remonter la terre dans les bancels aux douelles et cercles de futailles, tout ici est taillé, façonné dans ce bois imputrescible que la vermine n'ose attaquer. Le Cévenol a vécu par et pour le châtaignier. L'homme et l'arbre ont formé un couple indissociable dans une totale dépendance, l'un faisant vivre l'autre et réciproquement. Véritable ciment de ce pays, le châtaignier en est devenu le symbole, bois des berceaux comme celui des cercueils, bajanas nourricières du corps, afachadas autour desquelles s'organisait la veillée, cachette pratiquée dans un tronc creux, châtaigneraies du "Désert" comme du "Maquis" où, dans la clandestinité, s'est retrouvée une communauté meurtrie dans sa chair... témoin intime et participant de l'histoire des hommes ce châtaignier-là est bien celui de la permanence de la " cévenolité ", à lui seul il en porte une bonne part de mémoire. |
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![]() Ci-dessus : dépiquage à la masse vers 1940.
Ci-dessous : dépiquage au sac. A droite : dépiquage avec solas. ![]() |
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![]() ![]() Le travail du bois de châtaignier :
Ci-dessus : herminette et podet. |
![]() Ci-dessus : placard confectionné dans un tronc de châtaignier.
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LES ÉLEVAGES

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Chaque exploitation possédait un petit troupeau de moutons, quelques chèvres avec le lait desquelles
on confectionnait le fameux Pélardon, une paire de cochons que l'on tuait et charcutait en hiver et qui
fournissait l'essentiel de la viande qu'on mangeait toute l'année. Il n'y avait pratiquement pas d'autre
sucre que le miel des abeilles,
chaque mas ayant son rucher fait de troncs de châtaignier creusés.
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![]() ![]() Ci-dessus : colliers et sonnailles de mouton.
A droite : séchoir à pélardons en vannerie d'éclisses de châtaignier. Ci-contre : plat à égoutter les pélardons, dit " plat à champignon " et ses faissellas. |
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![]() Ci-contre : Brusc ou ruche à miel.
Ci-dessus : Boiriò, panier à capturer les essaims d'abeilles, en vannerie de seigle spiralée. Ci-dessous : Pressoir à miel, dit " pressoir à coins ". |

LA SOIE